5150, rue des Ormes
- Benjamin Forgues

- il y a 2 jours
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Benjamin: On passe au maître de l'horreur, Patrick Senécal.
Élisabeth: 5150, rue des Ormes nous plonge dans le point de vu d'un jeune, Marc-André Grondin à l'occurence, qui se fait kidnapper au début du film parce qu'il a vu des choses suspectes dans une maison. Il est donc séquestré par une famille plutôt particulière, prise sous le joug du père, qui basent leur vie sur la morale du bien et du mal, la religion.
B: Normand D'Amour, qui joue le père Jacques Beaulieu, incarne un personnage qui croit faire le bien à travers le mal qu'il commet...
É: Qui se représente comme l'incarnation de la justice en fait. C'est un champion d'échec qui n'a jamais perdu une partie et qui voit le jeu avec la même dualité entre le bien et le maI, de manière à valider sa vision du monde.
B: Ceci dit, même si c'est horrible ce qu'il fait, le personnage est vraiment bien nuancé dans le sens qu'il n'est pas le mal incarné.
É: Non, pour lui, ses victimes sont considérées des injustes, donc des personnes qui ont fait des crimes quelconques, qui vivent donc en dehors de la justice morale. Ça en devient un genre de justicier à sa façon qui considère que ses victimes méritaient leur sort.
B: C'est aussi un huis clos, où on est pris dans la maison pendant 1h50. On sort pratiquement jamais à l'extérieur et on explore les répercussions psychologiques de la situation. La dynamique entre Normand D'Amour et Marc-André Grondin, au début je n'étais pas convaincu, mais plus on avance, plus on ressent l'animosité l'un envers l'autre. C'est une espèce de relation amour-haine entre les deux, jusqu'à un point que les psychés des deux personnages en viennent pratiquement à fusionner à un certain moment dans le film.
É: Yannick Bérubé (Grondin) devient aussi obsédé par la question du bien et du mal, mais à l'inverse, alors qu'il veut à tout prix prouver que la morale du bien de Beaulieu est faussée, par le biais d'une partie d'échec. De prouver que c'est pas parce que t'as fait quelque chose de mal dans ta vie que tu représentes le mal.
B: Exact, devenir l'antithèse de Beaulieu...
É: L'autre élément que personnellement j'ai trouvé le plus intéressant, c'est tout l'aspect d'Alice au pays des merveilles. Parce qu'on comprend que c'est l'histoire de la reine de coeur, personnifiée par Michelle dans un des livres de Patrick Senécal, Aliss.
B: Vois-tu, je ne l'avais pas vu comme ça, mais c'est vrai, c'est génial tout est là! Au départ, quand on montrait le livre de Lewis Carroll, je pensais que c'était uniquement un petit clin d'oeil sympathique à l'oeuvre de Patrick Senécal. Vont-ils faire un film d'Aliss où Mylène St-Sauveur jouerait la reine de coeur?
É: Je ne penserais pas, c'est probablement trop difficile à transcrire à l'écran ce roman là, surtout par rapport au budget... mais sait-on jamais.
B: Il y a certains moments qui ont plutôt mal vieillis, je pense aux scènes d'échec cosmique, par exemple...
É: Les effets spéciaux étaient un petit peu bof...
B: Mais autre que ça, il n'y a rien de gênant. Les propos sont encore pertinents, le regard sur le dogme religieux est encore d'actualité et représente quand même bien l'héritage culturel du Québec, notre rapport à la religion qui a évolué à travers le temps.
É: Je ne sais pas trop quoi penser de la plus jeune enfant, Anne, alors qu'elle ajoute une dynamique un peu lugubre dû à sa situation, elle ne parle pas et agit de manière un peu douteuse par moment...
B: Je la vois surtout comme l'épine dans le talon de son père dans le sens que, si elle est comme ça, c'est de sa faute à lui. C'est un miroir vers lui-même, qui le confronte à sa propre méchanceté, au fait qu'il est lui même un injuste selon sa morale.
É: Ceci dit, le film n'était pas ce qu'il y avait de plus palpitant, mais je suis quand même restée intriguée tout au long. Par contre, si je n'avais pas compris rapidement le lien avec Aliss, je ne suis pas certaine que j'aurais autant accroché.
B: Effectivement, je l'ai aussi trouvé un brin longuet, mais tu es toujours impliqué dans l'histoire, à vouloir que le personnage de Normand D'Amour paye de ses actes. Le début, par contre, était vraiment trop tiré par les cheveux... on ne rentre pas chez quelqu'un sans demander comme ça.
É: Peut-être que c'est coutume en région, à toi de me dire... hahaha
B: Haha je ne pense pas... Mais au moins, on oublie cet aspect là assez rapidement pour entrer dans cette guerre psychologique là et c'est tant mieux. Ce qui est intéressant aussi, c'est que le film s'inscrivait dans une genre de naissance du cinéma d'horreur québécois depuis les années 2000 environ, avec Sur le seuil, lui aussi réalisé par Éric Tessier, et Les 7 jours du talion de Podz. C'est d'ailleurs trois romans de Patrick Senécal, on lui doit beaucoup pour cette culture là au Québec. Même encore aujourd'hui, c'est pas un genre qu'on voit dans nos productions, je sais qu'Éric Tessier travaille sur une autre adaptation du romancier, Flots, qui devrait prendre l'affiche en 2027 si je ne me trompe pas. En espérant qu'on continue d'explorer davantage le cinéma d'horreur, je pense qu'il y a certainement plusieurs pistes à explorer.
É: D'ailleurs, prendre note que nous n'avons pas lu le roman, donc on ne peut pas comparer les deux oeuvres.
B: Mais comme film en soi, ça se tient vraiment bien. Sur 10, tu lui donnerais combien?
É: 6.5. Je trouve que c'est une oeuvre qui nous appartient bien, ça n'a pas l'air d'essayer d'être une pâle copie de ce qui pourrait se faire aux États-Unis. Mais au final, ce n'est pas un film que je vais conseiller à tout prix comme un incontournable.
B: Tout à fait d'accord, c'est un 6 très respectable à mon avis, mais on ne se retrouve certainement pas devant un classique du cinéma québécois.



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