Obsession
- Benjamin Forgues

- il y a 5 jours
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Benjamin: «Obsession» du moment ces temps-ci, je me sens comme Rémi de Survivor Québec... Les critiques sont dithyrambiques, certains parlent du meilleur film de l'année jusqu'à date.
Élisabeth: Penses-tu qu'il pourrait terminer dans les meilleurs films de l'année en janvier?
B: Non je ne penserais pas, mais commençons par le début. Un film de Curry Barker, Obsession nous plonge dans le monde d'un jeune homme, Bear, trop gêné pour avouer son amour à une collègue de travail du nom de Nikki. Au moment de passer à l'action, il va s'effondrer devant l'opportunité, pour se retourner vers un gadget qu'il trouve dans un magasin ésotérique, lui offrant un souhait en brisant un bâton. Ce dit souhait, celui que Nikki tombe follement amoureuse de lui, se concrétisera et tournera sans surprise en un cauchemar épouvantable.
É: Mais pourquoi tu penses que ce ne serait pas un des films de l'année?
B: Pour moi, c'est un bon film dans le genre, mais ce n'est pas un grand film à mes yeux. Ça me rappelle un peu Hereditary dans son ambiance anxiogène, le film fout vraiment la chienne, j'ai eu peur pour de vrai, particulièrement les moments dans la chambre entre autre.
É: Est-ce que t'aimerais que je fasse ça la nuit? Me mettre dans le coin de la pièce à t'observer avec ton chandail sur le dos qui me rappelle ton odeur... Je n'ai pas regardé une tonne de films d'horreur dans ma vie, tout ce qui est fantôme et paranormal ne me parle pas tant. Ici, je trouvais que c'était beaucoup plus mon genre, très axé sur le suspense avec une énergie, comme tu dis, anxiogène. Pourtant, je déteste les jumpscares, donc Obsession m'a beaucoup travaillée de ce côté là, mais il fallait s'y attendre.
B: Ils sont vraiment efficaces les jumpscares...
É: Et puis on les sent pas nécessairement arriver non plus, c'est ça qui est bien fait. Ça arrivait souvent dans des moments inusités, particulièrement quand Nikki reprend le dessus sur son esprit par exemple. J'ai même sauté sur mon banc assez souvent. L'histoire est vraiment bonne aussi.
B: Inde Navarette est vraiment extraordinaire en Nikki, c'est elle qui fait le film, c'est vraiment une révélation qui sort à peu près de nulle part.
É: Michael Johnston aussi dans le rôle de Bear est vraiment efficace, son mal-être était senti. Inde pourrait peut-être gagner un prix?
B: Peut-être, je ne suis pas totalement convaincu... mais regarde Amy Madigan cette année dans Weapons, elle a gagné l'Oscar donc ce n'est pas impossible et ce serait totalement mérité.
É: Sa démarche saccadée quand elle est comme possédée, ça m'a effrayée complètement.
B: En terme de thématiques, l'histoire est vraiment intéressante. On explore les relations toxiques, de savoir comment s'en sortir ou même si c'est possible de s'en sortir.
É: Le parallèle auquel j'ai pensé durant le film, est qu'on confond souvent «l'obsession» et la prise de pouvoir à l'amour dans des relations toxiques. Le personnage principal a aussi à la base «forcer» la fille à tomber en amour avec lui, il y a donc une notion intéressante du consentement.
B: Vision intéressante, c'est comme si l'optique qu'on nous laisse croire est inversée.
É: C'est mentionné aussi dans le film que c'est un peu lui qui a infligé à la fille d'être obsédée, il a donc un devoir de ne pas l'abandonner. C'est souvent courant dans des relations toxiques ou de violence conjugale. La victime ressent une culpabilité d'abandonner l'autre parce qu'il ou elle «n'était pas comme ça avant» ou par impression que c'est de sa faute si le partenaire est rendu ainsi.
B: Petit bémol, tu me demandais aussi pourquoi ça avait accroché pour moi... Je trouve que ça a le syndrome de beaucoup de films d'horreur récent de vouloir aller dans le gore de manière complètement inutile, ça devient juste sensationnaliste. Le meilleur exemple du genre c'est Evil Dead Rise qui était, à mon avis, complètement vide de sens. Weapons le faisait aussi un peu, mais c'était quand même bien. Pourtant le film était tellement bien parti, la tension psychologique était tellement bonne, on n'avait pas besoin de voir de l'automutilation juste pour rendre ça dégueulasse. Ceci dit, le reste est assez bon que ça ne brise pas mon appréciation tant que ça.
É: Tu fais le parallèle avec Weapons, mais j'ai vraiment préféré Obsession parce que l'histoire se tient plus. On n'arrive pas à la fin du film avec des éléments qui sortent de nulle part, tout fait vraiment du sens et c'était très satisfaisant.
B: Le film a plus de substance aussi, ça réfléchit vraiment des enjeux sociaux comme le devrait être le film d'horreur en général.
É: C'est quoi le meilleur exemple de ce que tu avances?
B: Regarde le cinéma allemand des années 1920 environ qui utilisait les codes du genre pour témoigner de manière indirecte de l'anxiété qui allait annonçait la montée du nazisme. C'est aussi une autre manière de critiquer un régime en contournant la censure.
É: Il y a aussi des moments assez drôle dans Obsession où j'ai ri quand même fort, ce qui est pas peu dire dans un film d'horreur.
B: L'humour aussi a vraiment sa place dans le récit, ça s'imbrique très bien avec l'horreur, même que ce qui est drôle devient pratiquement horrifique à certains moments.
É: Parfois quand Nikki a des moments de lucidité, c'est comme si Bear ne voulait pas qu'elle revienne, son désir d'être aimé est plus fort que tout, qu'il en devient pratiquement le chef d'orchestre de son propre malheur.
B: C'est une vision intéressante parce que je le voyais pas nécessairement comme ça pendant le film, mais tu as tout à fait raison.
É: C'est un film que je recommanderais absolument.
B: Je pense qu'il ne faut pas se limiter au fait que c'est un film d'horreur, même pour les gens qui seraient moins avares du genre. Curry Barker a vraiment quelque chose à dire et tout le monde peut en retirer quelque chose malgré son aspect horrifique.
É: Le visionnement en salle aussi vaut vraiment la peine, ça ajoute à l'ambiance, la musique y joue pour beaucoup, le son est vraiment intense...
B: Les cris aussi des fois étaient vraiment envahissant jusqu'à te friser le poil...
É: Dans un salon aussi je pense que la deuxième écoute va valoir la peine, comme le film se passe en général dans une maison c'est comme si on est enfermé avec eux, ça peut ajouter un aspect claustrophobe.
B: Donc sur 10 tu lui donnes combien?
É: Un bon 8 facilement! Toi?
B: 7 sur 10... Mais un bon 7 sur 10 et c'est le genre de film qui a le potentiel de monter avec le temps parce que ça risque de m'habiter pendant plusieurs jours.



Super belle critique en duo, vos échanges apportent vraiment quelque chose de plus qu’une simple review. J’ai aimé le parallèle avec les relations toxiques et le consentement, ça donne une lecture beaucoup plus intéressante du film que juste “film d’horreur qui fait peur”. Vous m’avez honnêtement donné envie de le voir en salle juste pour l’ambiance sonore et les jumpscares.