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Vitrerie Joyal

  • Photo du rédacteur: Benjamin Forgues
    Benjamin Forgues
  • 4 mai
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 mai


Nouvelle création d'un des grands de l'humour québécois, Vitrerie Joyal nous offre un segment librement inspirée de la vie de Martin Matte, moment où il décidait de quitter la vitrerie de son père pour se lancer en humour. Guillaume Lonergan, qui multiplie les bons coups télévisuels les uns après les autres, signe la réalisation lui qui nous avait aussi offert l'extraordinaire Empathie l'année dernière. Il s'agit ici de la première incursion en sol québécois pour Prime Video en fiction originale, voyons voir ce que ça en dit.


Martin Matte reprend exactement dans le même ton où il nous avait laissé avec sa finale extrêmement introspective des Beaux malaises, délaissant la recherche du gag à tout prix, pour mieux laisser place aux drames du quotidien. Nous suivons donc les péripéties d'André Joyal, homme d'affaires dans la cinquantaine qui opère une vitrerie avec ses fils et qui, selon toutes les apparences, a tout pour être heureux. Au contraire, certains bouleversements vont révéler les fissures dans sa persona au point où sa vie entière en vient à complètement s'écrouler devant nos yeux.


La majorité d'entre-nous sommes au fait de l'accident qu'a subi son frère qui l'a laissé avec des séquelles. Interprété par Pierre-Yves Roy Desmarais, c'est un rafraichissement total de le voir performer de cette manière, lui qui a l'habitude de jouer le rôle niaiseux. Ici, il incarne la goûte qui fait déborder le vase pour le protagoniste et il est particulièrement touchant en deuxième moitié de série. Martin Matte, dans le rôle principal d'André Joyal, sort lui aussi de son personnage scénique arrogant pour nous offrir une performance sentie et nuancée.


Marilyse Bourke dans le rôle de la matriarche, coincée à la maison et en quête d'épanouissement, elle est le point d'équilibre de la série et tout bascule avec elle. Que dire aussi de Guillaume Cyr, l'oncle de la famille très vulnérable, et François Chénier avec ses propos complètement inacceptables, les deux qui sont des vendeurs dans la compagnie et qui amène beaucoup pour nous replonger dans le contexte de l'époque. Florence Longpré renoue aussi avec son comparse Lonergan dans un rôle plus effacé, mais elle a une présence tellement forte à l'écran. Et finalement, Pier-Luc Funk qui personnifie Philippe Joyal, un jeune Martin Matte, fidèle à lui même sans entrer dans un rôle de composition, il est bon.


À l'instar des films autobiographiques de Ricardo Trogi, on retrouve ici un portrait vraiment succulent et pas toujours très reluisant d'une époque pas si lointaine, 1995. Propos homophobes, racistes, c'en est la preuve que les mentalités ont un peu changé au Québec depuis le temps, même s'il reste encore du travail à faire. Vaut mieux en rire, mais ça reste encore pertinent où les questions identitaires et référendaires de l'époque sont toujours d'actualité de nos jours.


Les textes de Matte, épaulé par François Avard, réussissent nous faire vivre des émotions vives, étant capable de nous faire rire et nous bouleverser dans la même scène. Guillaume Lonergan, comme il nous l'avait prouvé avec Empathie, réussit à livrer cette profondeur à l'écran avec brio. Il s'inscrit assurément au même niveau que le duo Létourneau-Rivard parmi les grands de la télévision québécoise.


Autant déplorable peut être Amazon, les moyens dont bénéficiait Vitrerie Joyal sont non-négligeables et permettent une reconstitution de l'époque vraiment à point, chose qui aurait été probablement plus laborieux avec les budgets de la télé traditionnelle québécoise. La musique nous transporte à l'époque que ce soit avec du Jean Leloup, Les BB, Counting Crows. À une époque où plusieurs séries sont annulées faute de budget pour permettre un résultat de qualité, c'est dommage mais totalement inévitable de se tourner vers les gros joueurs du marché américain de la sorte.


Et attachez votre tuque pour la finale qui vous fera vivre toute une gamme d'émotions et qui se permet par le fait même une belle promotion pour la fondation Martin-Matte


Martin Matte s'inscrit donc non seulement comme l'un des plus grands humoristes que le Québec ait connu, mais nous prouve ici que c'est un auteur de grand talent qui a plus d'une corde à son arc.


À voir absolument!



8/10

 
 
 

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