CSLE 2026: S'ils touchent l'un d'entre nous
- Benjamin Forgues

- il y a 1 jour
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Lien pour visionner le film: https://www.youtube.com/watch?v=c44rQiB4Wus
Benjamin: Dans le cadre de la programmation de Cinéma sous les étoiles (voir le lien à la fin du texte pour la programmation complète), qui organise des projections de cinéma documentaire dans différents parcs de Montréal, était présenté le film de Carol Sibony, S'ils touchent à l'un d'entre nous. De quoi en est-il question?
Élisabeth: On nous projète dans une usine boulangère de la Moselle en France, qui possède une histoire de lutte ouvrière assez importante. Un des représentants syndicaux de la place, à l'occurence Christian Porta, a été mis à pied juste avant une préparation de grève pour l'augmentation des salaires. On suit donc les employés de cette usine qui avait été récemment acheté par une multinationale agroalimentaire, InVivo...
B: Une multinationale qui a des pieds à terre un peu partout dans le monde qui se vante d'être une coopérative, tout en s'autoproclamant être l'Amazon du monde agroalimentaire. Bref des belles vidanges...
É: Quand tu veux te comparer à Amazon, ça part pas bien... Bref, on suit la lutte des travailleurs de cette usine pour réintégrer leur collègue dans l'usine d'où il a été injustement congédié.
B: Je pense que c'est un film qui est important par son histoire parce que, tu m'en diras davantage comme c'est ton domaine, mais j'ai l'impression qu'il y a de plus en plus une mouvance antisyndicale depuis quelques années. Les règles et les contextes sont différents en France qu'au Québec, mais de ce que je comprenais avec la discussion d'après film, c'est que le droit de grève est pour des périodes spécifiques ici, alors qu'en France tu peux grèver quand tu veux peu importe le motif et le moment.
É: Ici, la grève est majoritairement dans le cadre des moments de négociation de convention collective. On a vraiment des délais clairs dans le Code du travail pour l'utilisation du droit de grève, c'est ce qui diffère de la France, qui semblerait, peuvent entrer en grève quand bon leur semble.
B: Comme à l'UQÀM qui entre en grève à toutes les semaines pour toutes les causes possibles...
É: Ah, là t'es de mauvaise foi...
B: En aucun cas, j'ai été à l'UQÀM, j'étais dans ça. Ceci dit, le film est plus important pour son sujet que sa technique. Ça reste modeste dans sa manière de faire, mais tout réside dans la puissance de son message.
É: Effectivement, c'est assez efficace dans sa structure, le scénario coule très bien.
B: C'est un 1h06 qui passe comme un coup de vent, ça empêche toute forme de redondance... pas sur que j'en aurais pris plus par contre.
É: On nous offre des images de la lutte, on suit les travailleurs sur leur ligne de piquetage. On y trouve aussi beaucoup d'entretiens un à un avec les travailleurs pour comprendre comment qu'ils ont vécu ce combat. Je trouvais que c'était important et pertinent de présenter ce film au Québec parce que ça résonne beaucoup avec des situations qui ont fait les manchettes dans les dernières années. Quand on parle de multinationales ou de grandes entreprises comme Renaud-Bray, Amazon, qui ferment carrément des succursales et des entrepôts en lien avec des syndicalisations, parce que des groupes de travailleurs réclament des meilleurs conditions de travail. Ça vient faire écho avec ces luttes là où ils se sont unis et ont utilisé leur droit d'association pour faire entendre leurs voix. Le plus intéressant, c'est qu'on parle aussi d'une lutte multidimensionelle, c'est à dire que c'est non seulement une bataille judiciaire, mais aussi une mobilisation sociale où ils vont devant d'autres entreprises d'InVivo et vont lutter sur plusieurs fronts en même temps pour leur faire comprendre que même s'il gagne ou perde d'un point de vu légal, ça ne finira pas comme ça. Alors qu'on voit dans le film l'entreprise qui n'ont aucune considération envers les décisions du tribunal et qu'il recongédie Christian Porta alors qu'il n'est même pas revenu travailler encore, comme s'il se positionne au dessus des lois. Il y avait des beaux parallèles à voir et ça apporte un souffle frais de se dire que ces travailleurs ont tenu la barre pendant des mois et que leur lutte a porté fruit. Il est important de se rappeler que ces luttes collectives ont un impact sur le futur de chacun, on ne sait pas si demain matin la cible de cet employeur sera nous-même si on laisse sous silence les agissements de celui-ci. Les droits des travailleurs sont les droits de chacun.
B: Ce qu'on peut remarquer aussi c'est que ce n'est pas une question de politique non plus. C'est tout le monde qui se tient ensemble peu importe tes allégeances, on mentionne que ce ne sont pas seulement des gens de gauche, Christian Porta avait des collègues qui, pas plus tôt qu'une semaine plus tôt, hésitait à voter pour Jordan Bardella aux élections, mais dans ce cas-ci tout le monde s'allie à la cause. Ça fait du bien de voir que peu importe tes idéologies, on est encore capable de se tenir et de travailler ensemble pour le mieux.
É: Ils parlent aussi des politiques anti-immigrations qu'environ 70% de la population en France avait voté pour un resserrement, mais quand ils ont réalisé que ça touchait directement leurs collègues dans l'entreprise, ça leur permet de prendre un pas de recul. Ça fait réfléchir des gens et ce que je trouve beau aussi dans ces dynamiques là, c'est que l'employeur voulait casser l'esprit de groupe et cette solidarité, mais ça a causé l'effet contraire où ils ont l'air beaucoup plus soudé malgré les impacts sur la vie individuelle des gens, alors qu'ils ont réussi à tenir leur bout du bâton.
B: C'est un bel exemple non-seulement pour le travail, mais aussi pour la vie en général où on doit se tenir devant des gens qui essayent de t'écraser... En terme de réalisation, ça reste un documentaire très conventionnel. Malgré la puissance du propos, on sent que la cinéaste ne veut pas mettre trop de flamboyance sur les rouages cinématographiques au profit du sujet qu'elle traite. Tu lui donnerais combien sur 10.
É: J'ai beaucoup aimé, c'est sur que ça vient toucher mes valeurs donc j'ai un parti pris d'avance. Mais je trouvais que c'était d'actualité au Québec de présenter ce film là et que ça nous rappelle que c'est important de ne jamais oublier l'esprit collectif, que si tout le monde ne pense qu'à soi, on n'arrivera jamais à rien. Il faut se tenir ensemble et se trouver un but commun... J'ai trouvé ça beau, c'est une heure bien investie. C'est donc un 7 sur 10 dans mon cas.
B: Pareillement, 7 sur 10, c'est un film important sans être renversant, ni très marquant, je pense que ça peut éveiller les passions et c'est très efficace dans ce que c'est.
Programmation de Cinéma sous les étoiles: https://cinemasouslesetoiles.org/programmation/



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