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Sátántangó

  • Photo du rédacteur: Benjamin Forgues
    Benjamin Forgues
  • 3 juin
  • 3 min de lecture

Le légendaire cinéaste hongrois Béla Tarr nous a quitté plus tôt cette année. Du haut de ses 10 longs métrages en plus de 30 ans de carrière, il s'inscrit comme le plus grand pilier du cinéma hongrois, son oeuvre épaulant les grands maîtres tels que Tarkovsky et Bergman. Pour l'occasion, la Cinémathèque québécoise a projeté son oeuvre monumentale, Sátántango, un film de 7h19 adapté du roman du même nom de László Krasznahorkai.


Bonne chance à celui qui sera en mesure de résumé le synopsis, mais en gros, Tarr nous replonge en campagne d'une Hongrie fictive du XXe siècle, où deux hommes reviennent dans la communauté alors que deux de leurs collègues tentent de voler l'argent qu'ils ont récolté sur un coup qu'on ne saura jamais vraiment en quoi ça consistait. Ce retour inattendu plonge la communauté dans une anxiété palpable jusqu'à ce qu'un drame vienne tout chambouler. Ensuite, l'homme que tout le monde redoute, Irimiás de son prénom, va leur offrir l'espoir d'un monde meilleur en se déplaçant vers la ville et en lui partageant leur argent.


Au delà de tout ça, le cinéaste hongrois nous offre bien plus qu'une oeuvre cinématographique, à voir une étude sociologique des bouleversements auxquels l'Europe de l'est était confrontée avec la montée des régimes communistes. C'est donc une parabole de l'Histoire contemporaine hongroise, mais aussi d'une grande partie de ces nations prises sous la main de fer communiste, qui est mise en images en 12 chapitres, où Tarr porte un regard critique sur ce qu'à pu vivre son peuple durant le siècle dernier. Petit rappel, après avoir été sous le joug d'un régime fasciste mis en place par l'Allemagne nazie, le pays a été envahi par l'Union soviétique et a été sous l'influence, voir même sous l'emprise, de l'URSS jusqu'en 1989, année de la chute du mur de Berlin.


Au niveau cinématographique, les images somptueuses en noir et blanc de Gabor Medvigy sont à couper le souffle. Sur sa durée de 439 minutes, le film compte environ 150 plans seulement, dont de nombreux plan-séquences très poétiques. Toutes les scènes sont contemplatives, dès le départ on nous annonce à quoi nous aurons affaire, avec un long plan-séquence de vaches qui divaguent dans leur campagne.


Certains diront que sa durée est inutilement trop longue, avec raison, mais c'est justement ce qui en fait l'expérience cinématographique extraordinaire que c'est. À force d'être envoûté par ces longues séquences où on erre, on finit par en oublier la notion du temps. La durée du film ne devient donc plus un enjeu tellement on est hypnotisé par l'écran. Petit clin d'oeil particulier à cette interminable mais fantastique scène du tango de Satan qui dure environ 25 minutes, où nous sommes témoins de cette dernière débauche avant de sombrer dans la misère. Les rumeurs courent que c'était réellement la débauche sur le plateau, c'est ce qui rend le moment encore plus unique.


Avertissement aussi quant à la nature assez cruelle des images qui nous sont présentées, en particulier cette scène extrêmement pénible où une jeune fille torture un chat. Rassurez-vous, tout était fait dans les règles et l'animal n'a pas réellement été malmené.


Sátántango est donc un des exemples parfaits quant au vieil adage qui dit que le cinéma est le reflet de la société, alors qu'il nous offre le regard d'un homme sur environ 100 ans d'Histoire, témoignant de tout ce qu'ont pu traverser ses compatriotes. C'est assurément l'expérience cinématographique d'une vie que tout cinéphile se doit de vivre au moins une fois, bien malheureux que ça ne se présente qu'à de rares occasions. À ne surtout pas regarder sur une télévision, ça doit être infeste.


Donc, au delà de toutes ses qualités cinématographiques, c'est surtout sa valeur comme objet sociologique qui fait en sorte que Sátántango jouit d'une réputation aussi grandiose. Béla Tarr est un des plus grands maîtres que le septième art ait connu alors qu'il réussit à nous offrir un film tellement riche en symboles, en possibilités d'analyse et qui doit être encore meilleur lors d'un deuxième visionnement. Malheureusement, sa durée fait en sorte que son potentiel de revisionnement est quasi nul, mais pour l'occasion on vous invite à découvrir le reste de sa filmographie, pourquoi pas Le cheval de Turin par exemple. C'est donc une expérience à chérir pleinement et un grand chef-d'oeuvre qui s'inscrit facilement parmi les plus grands films de tous les temps.


10/10



 
 
 

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