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Les Furies

  • Photo du rédacteur: Benjamin Forgues
    Benjamin Forgues
  • 2 juin
  • 5 min de lecture

Benjamin: Une réalisation de Mélanie Charbonneau (Fabuleuses, Out Standing), scénario de Gabrielle Côté. Pourquoi ce film là aujourd'hui?


Élisabeth: Ce dimanche, j'ai été à un tournoi de Roller derby pour la première fois, Beast of the East. J'ai très apprécié, ce qui m'a donné encore plus le goût de visionner le film qui vient d'arriver sur Crave. Le film rend vraiment justice au sport, ça donne le goût d'aller en voir plus.


B: Commençons d'abord par expliquer de quoi parle le film...


É: On nous présente pour la première fois dans le cinéma québécois, ce sport qui est le Roller derby, alors qu'une équipe féminine se forme suite à l'éradication des sports féminins au centre sportif de Waterloo, pour laisser la place à une équipe de hockey semi-professionnelle masculine. En suivant Mélissa (Gabrielle Côté), une femme qui a des « problèmes de gestion de la colère», elles vont mettre sur pied une équipe de Roller derby. Leur objectif étant de canaliser leur colère et trouver un sport qui va rassembler, le tout sous la direction de l'entraineuse qui est une ancienne joueuse étoile...


B: France Castel, à l'occurence, qui est tout simplement renversante dans le film.


É: On y trouve plusieurs clin d'oeil vraiment sympathique dans le film, par exemple, Diane Bibeau, l'organiste des Canadiens de Montréal. On y trouve aussi plusieurs vraies joueuses dans l'équipe du nom de Montreal Sexpos, qui sont de l'affrontement à la fin. Ça donne le goût d'aller voir du Roller derby, mais aussi d'en faire. C'est ce que j'ai le plus aimé, à quel point c'est inclusif comme sport.


B: Oui et je trouve que le film le traduit vraiment bien. L'unicité entre les laissées-pour-compte, tout le monde se tient, c'est vraiment beau et ça fait du bien de voir ça, des femmes qui se retrouvent ensemble pour se célébrer et se trouver un point d'ancrage alors qu'elles n'ont rien pour se rassembler à la base.


É: J'ai été ému de voir toutes ces femmes là développer une complicité et s'accepter dans toutes leurs différences en se retrouvant dans le sport. Je trouve ça beau.


B: Et au Québec des films où c'est à peu près uniquement des femmes, il y en a très peu, je pense à La Passion d'Augustine par exemple, mais c'est pas mal tout, et c'est rafraichissant. On pourrait facilement faire un comparatif avec Les Boys, dire que c'est l'équivalent féminin, mais ce serait tellement réducteur, c'est vraiment une oeuvre qui leur appartient sans être genre la copie d'autre chose au féminin.


É: C'est ça qui est beau aussi dans ce sport là, quand on parle d'inclusivité, c'est toutes les tailles, tous les poids, toutes les orientations sexuelles, les identités de genre. Tout le monde se respecte dans ça et il n'y a pas de «chichi» comme on entend parfois de la «droite» où les personnes trans sont prises pour cible dans les catégories sportives. Ici ce n'est même pas une question qui se pose, c'est tellement bienveillant. Tu veux jouer, on va t'accepter. C'est ce qui est beau, peu importe tu es qui, on sait que tu vas apporter quelque chose à l'équipe.


B: L'opposition avec le hockey aussi est vraiment intéressante, parce que c'est très conservateur où il ne faut pas que tu sortes trop du moule, sans quoi tu vas devenir le souffre-douleur.


É: Ça donne un portrait pas très glorieux des joueurs de hockey effectivement. Ils ont tous l'air un peu « cave » dans le film, c'est vraiment un boys club.


B: Un boys club un peu cabochon où ça ne vole pas tellement haut.


É: Tu le vois avec le personnage d'Antoine Pilon qui joue l'ex conjoint de Mélissa. Il semble avoir des bonnes valeurs, mais tu vois que ce n'est pas le pogo le plus dégelé de la boîte. Dans leur relation, c'est ce qui est intéressant, c'est vraiment un appel féministe où c'est elle qui doit tout gérer, qui a la charge mentale de s'occuper des enfants, en plus de son ex qui a l'air d'un vieil ado. On le voit vraiment bien dans la scène très touchante où elle fait part de ses inquiétudes, comme si on ne l'autorise pas à vivre ses émotions. Il y a plusieurs beaux messages féministes dans ce film là, c'est probablement ça qui m'a rendue émue, c'est rare qu'on voit ça et que ce soit autant assumé.


B: Exact, rien n'est forcé, on n'essaye pas de passer un message au profit de l'histoire, tout est naturel. Mis à part tout ça, au niveau cinématographique, comment tu as apprécié le film?


É: Le rythme est vraiment bon, on ne ressent jamais de longueur. Ils ont aussi réussi à rendre chaque personnage attachant.


B: Vraiment, chacune a ses failles donc c'est facile de s'identifier ou bien de ressentir de l'empathie à leur égard. Elles sont toutes très humaines et c'est par l'union qu'elles vont grandir. Pour un premier long métrage au scénario pour Gabrielle Côté, c'est particulièrement bien maîtrisé. Mais on s'entend que techniquement ça reste dans ce qu'on connait des comédies populaires qu'on voit chaque année au Québec. On ne se retrouve pas devant un grand chef-d'oeuvre, mais c'est vraiment un divertissement de qualité. C'est très bien écrit, la structure est classique, on le sait très bien ce qui va se passer, mais ça fonctionne.


É: C'est pas le résultat qui compte, c'est le chemin parcouru, comme on dit.


B: La musique est vraiment bonne aussi, on nous sort du Paul Piché entre autre. Je veux aussi faire une petite mention à Frédéric Lamoureux du groupe Gros Soleil, qui est un ancien collègue. C'est vraiment génial de voir leur musique se retrouver dans un film populaire comme celui là.


É: Il faut mentionner les actrices aussi qui étaient vraiment bonnes...


B: Absolument, c'est une brochette d'actrices phénoménales. c'est immense tous les gros noms qu'on retrouve: Debbie Lynch-White, France Castel, Sandrine Bisson, Juliette Gosselin, Anne-Élisabeth Bossé, Nathalie Doummar et j'en passe... Ça n'a aucun sens. Chacune ont leur moment de gloire, c'est beau à voir. Il y a même Antoine Bertrand, qui est un des plus gros noms au Québec, qui se retrouve avec genre quatre scènes dans le film.


É: Oui, il ne prend pas la lumière sur lui, ne fait pas d'ombre aux actrices. J'imagine que c'était un projet qui devait lui tenir à coeur.


B: Très sympathique Antoine Bertrand, c'est un chic type.


É: Je vous invite à aller voir du Roller derby! Si vous êtes de Montréal vous pouvez suivre la page de Montreal Roller Derby afin de connaître les prochains événements. Il y en a aussi ailleurs, notamment à Québec et à Sherbrooke. Ça vaut absolument le détour.


B: En terminant, sur 10 tu lui donnes combien?


É: 7,5.


B: Moi aussi, je jonglais entre un 7 et un 8, mais ce sera un bon 7 de mon côté. On n'est pas devant une grande oeuvre de cinéma, mais c'est un très bon film qui fait ce qu'il a à faire. On vous le conseille fortement.

 
 
 

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