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The Odyssey

  • Photo du rédacteur: Benjamin Forgues
    Benjamin Forgues
  • 28 juil.
  • 5 min de lecture

Benjamin: Probablement le film le plus attendu de l'année. Un Christopher Nolan, c'est toujours un événement.


Élisabeth: Co-scénarisé par Homère selon la page IMDB ahahha. D'abord, quelles étaient tes attentes par rapport au film?


B: J'ai un rapport très conflictuel avec Nolan, je n'aime vraiment pas sa filmographie, pas nécessairement par rapport à son talent de cinéaste mais surtout en lien à l'aura qu'on lui projète. Une majorité de gens le considère comme un espèce de dieu du cinéma, qui serait comme le cinéaste le plus important aujourd'hui, mais qui pour moi, fait du cinéma un peu insignifiant. Un certain cinéaste, que je respecte beaucoup et que je ne nommerai pas au risque de le paraphraser, disait même que Christopher Nolan fait des films intellectuels pour des gens stupides.


É: C'est chien...


B: C'est sévère, mais je suis quand même d'accord, dans le sens où tous ses films essayent de casser la tête du spectateur avec des twists, pour au final être complètement vides et superficiels. Malgré tout, ça reste un cinéaste compétent et il le prouve avec The Odyssey. C'est un bon retour après plusieurs oeuvres consécutives qui étaient plutôt médiocres. Oppenheimer, je l'ai trouvé absolument imbuvable.


É: Pour ma part, j'aime quand même ses films, sans qu'ils me jettent en bas de ma chaise. J'arrivais ici avec peu d'attente, je n'avais pas vu vraiment de publicité, faut croire que mon algorithme n'était pas ciblé dans la campagne marketing du film. Je n'ai pas lu non plus le récit homérique, donc j'ai été lancée à froid et j'ai été vraiment impressionnée. C'est un 2h50 qui a passé très vite, il n'y a pas de temps mort.


B: Je pense que le film a quand même certaines longueurs, mais jamais on se retrouve à vouloir regarder notre montre parce que les longueurs sont surtout au début. C'est un peu long à partir, mais du moment où Odysseus est de retour à Ithaque, ça devient tellement prenant jusqu'à la fin. C'est assurément un spectacle visuel comme il ne s'en fait plus au cinéma aujourd'hui. On peut saluer Christopher Nolan pour son désir de tourner en décor naturel, de garder les choses le plus vraies possible. On ne l'a pas vu en 70 mm malheureusement, j'imagine que l'expérience doit être encore plus convaincante.


É: Effectivement visuellement c'est vraiment impressionnant, c'est très immersif comme visionnement, on se sent très impliqué dans l'aventure. Il y a beaucoup de sauts dans le temps...


B: Ce qui est la marque de commerce de Nolan et qui en fait une de ses grandes faiblesses dans sa filmographie, mais c'est vraiment moins pire que dans d'autres films...


É: Oui, c'est moins un gadget que ses autres films, on s'appuie surtout sur des souvenirs ici. Une reconstruction de sa mémoire qui nous apporte vers une autre dimension du personnage qui devient de plus en plus complexe.


B: C'est aussi par ses souvenirs que vient probablement le moment le plus fort du film, celui du saccage de Troie qui me donnait l'impression d'être devant un très grand film.


É: J'avais peur que les dieux grecs prennent une trop grosse place et que ça devienne une histoire de fantaisie mythologique. Par exemple Athéna, qui est incarnée par Zendaya, a une présence durant tout le film, mais elle est plus là de manière symbolique, ce qui fait en sorte qu'on se concentre surtout sur l'aspect psychologique qui vient avec les répercussions de la guerre.


B: C'est beaucoup plus terre à terre, donc probablement plus facile de s'identifier au personnage et ça permet probablement de faire des plus grands parallèles avec ce qui se passe à notre époque avec les nombreuses guerres qui font rage partout dans le monde.


É: On y retrouve quand même plusieurs créatures mythologiques, dont l'excellente scène avec Circé qui nous rapproche de l'horreur, c'était très réussi.


B: Pour revenir à Nolan, c'est indéniable de dire que c'est un grand technicien comme cinéaste. Il est capable de nous offrir des images à couper le souffle, mais c'est un très mauvais scénariste. Ses films qui m'ont le plus touché sont scénarisés par son frère Jonathan, Interstellar par exemple ou même The Dark Knight. Depuis quelques temps, Christopher écrit ses scénarios seul et il est incapable de mettre une once d'émotion dans ses films, c'est froid, on ne s'attache pas vraiment à ses personnages qui vivent des émotions sans qu'on les ressente avec lui. Dans Dunkirk par exemple, qui est le film qui m'a probablement le plus frustré, c'est l'horreur de la guerre, plusieurs personnes meurent, mais on s'en fout complètement comme on ne s'attache à aucun d'eux. En plus de tout ça, ils nous proposaient encore une gammick complètement stupide en rapport avec le temps qui ne servait absolument à rien. Heureusement qu'ici, l'aspect souvenir d'Odysseus est totalement motivé et apporte beaucoup à l'histoire. Par contre l'aspect émotif est un peu défaillant tout au long, étant passif devant ce que les personnages vivent dans leur périple, mais comme mentionné plus haut, ça prend vraiment son envol au retour à Ithaque pour élevé le film à un niveau supérieur.


É: Est-ce que tu trouves que c'est son meilleur film?


B: Non. Pour moi ça se joue entre Interstellar et The Dark Knight, mais c'est quand même pas loin derrière ces deux là.


É: Et puis, pour toi qui a lu le récit d'Homère, comment l'esprit se transposait à l'écran?


B: Ça fait quand même plusieurs années que je l'ai lu, donc c'est vraiment loin dans ma tête. Mais on dirait qu'il y a certains plans dans le film qui correspondaient exactement à l'image que j'avais en tête ; La première fois qu'Odysseus revoit Pénéloppe, par exemple. Je voulais revenir sur un autre problème qu'on retrouve chez Nolan, ses dialogues. Souvent ils sont longs et plates, plus le film avançait, moins on en avait, mais au départ c'était beaucoup d'exposition parlée qui fait que ça n'avançait pas.


É: Vois-tu, je ne l'ai pas vraiment senti, c'est surtout les moments avec Calypso, pour moi, qui manque d'explication. C'est comme si on prend pour acquis que le spectateur connait tous les aspect de la mythologie grecque, ce qui est correct aussi, mais ça peut faire en sorte qu'on manque plusieurs détails importants.


B: En même temps ça donne une valeur de revisionnement vraiment intéressante, où ça te pousse à faire tes recherches, aller lire les différents récits et pièces grecs de l'époque, pour le revoir d'un oeil nouveau. Autre sujet, on peut souligner le travail de Robert Pattinson, il est absolument incroyable, c'est lui qui ressort le plus, qui dégage le plus d'émotion aussi.


É: On le sent violent, affamé. Anne Hathaway aussi j'ai beaucoup aimée...


B: Mais encore beaucoup trop effacé les rôles féminins chez Nolan, elle est solide, mais elle a trop peu de temps d'écran.


É: C'est peut-être plus qu'il fait pas assez de films avec des personnages féminins en premier rôle... Ah oui, J'ai eu beaucoup de peine avec le chien...


B: C'était tellement une scène forte, tout est dit par un simple geste, c'est parfait. On n'en dit pas plus.


É: Zendaya est toujours bonne, comme à son habitude, elle avait une présence très forte visuellement, même chose pour Matt Damon. Quand même, j'ai trouvé que c'était beaucoup de matériel pour un 3h, ça aurait pratiquement pu être deux films pour construire un peu plus le personnage d'Odysseus, quitte à avoir des longueurs.


B: La Guerre de Troie à la base n'est pas dans L'Odyssée, mais dans l'Illiade. C'est sur que ça ajoute du contenu au film. Ceci dit, sur 10 tu lui donnes combien?


É: 8 sur 10, je vous le conseille absolument.


B: Pour ma part, tout au long ça a été une expérience bipolaire, j'oscillais entre le 5 et le 9, les petits détails habituels de Nolan me dérangeaient, mais on finit par l'oublier et la fin est vraiment satisfaisante. C'est quand même une grand expérience de cinéma à voir sur le plus grand écran possible. J'y vais donc avec un 8 sur 10, ce qui en fait mon meilleur film de l'année jusqu'ici, mais l'année est encore jeune.

 
 
 

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